LE PREMIER TITRE DE CHAMPION DE FRANCE DE RUGBY EN 1913 POUR L’AVIRON BAYONNAIS

Durant cette période de confinement je compte proposer au forum un match important de la longue histoire de l’AB sur chaque décennie. J’ai commencé par le titre de 1913 avec des archives d’époque, le long résumé du journal Le Figaro notamment et des photos du journal authentiques.

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LE PREMIER TITRE DE CHAMPION DE FRANCE DE RUGBY EN 1913 POUR L’AVIRON BAYONNAIS

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Labaste va marquer un essai pour l’Aviron bayonnais (finale du championnat de France 1913).

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Pour cette finale du championnat 1913, le SCUF se voyait bien récupérer le bouclier ciselé par l’un de ses illustres membres, Charles Brennus. Forts d’une pléiade d’internationaux, les scufistes présentaient aussi un net avantage physique sur leurs rivaux bayonnais. C’était sans compter sur une science du jeu venue de Nouvelle-Zélande et ayant transité par le Pays de Galles.

Dans « La France », au lendemain de la finale SCUF-Bayonne de 1913, Géo André écrivait : « Grâce aux Basques, il y a quelque chose de changé dans le rugby français. En les voyant opérer, nous nous sentions loin des mornes plaines de Corke et Twickenham. »
Deux jours plutôt, on ne donnait pourtant pas cher de la peau des Basques face à des Parisiens qui alignaient neuf internationaux (dont le capitaine Theuriet, sélectionné olympique en natation) dans leur équipe. Côté bayonnais, on ne recensait que le 3ème ligne Fernand Forgues.

On se rappelait aussi que Bayonne avait été aidé par la chance pour se qualifier en finale. Victorieux de Périgueux en quart, l’Aviron avait disposé du SBUC en demi en profitant d’un essai refusé aux Bordelais à un moment où le match était loin d’être joué. Les Parisiens avaient quant à eux disposé successivement de Toulouse (3 à 0) et Perpignan (3 à 0).

Le 20 avril, à Colombes, ce sont d’ailleurs les Parisiens qui entamaient le mieux la rencontre, faisant parler leur puissance. Mais ils manquaient plusieurs occasions d’ouvrir la marque. Une fois le premier quart d’heure passé, les Bayonnais refusaient surface sous l’impulsion d’Hedembaigt et c’est Jules Forgues qui inscrivit le premier essai de l’après-midi. Un deuxième essai de Lissalde permettait à Bayonne de virer en tête, 10 à 0 (les deux essais ayant été transformés par Roe) au repos.

Après la reprise, Cadenat menait la réaction du SCUF mais c’est Labaste, pour Bayonne, qui marquait les premiers points du second acte en pointant dans l’en-but parisien (13 à 0). L’essai de Theuriet n’apportait qu’un court répit aux Parisiens avant que l’Aviron ne reprenne inexorablement sa marche en avant. Les basques inscrivaient quatre essais en huit minutes par Forgues et Lissalde (deux fois). Le score s’élevait alors à 31 à 3

Lassés de défendre comme des forcenés, les joueurs du SCUF décidèrent de s’inspirer de leurs adversaires et se mirent à jouer. Le dernier essai de la partie arrivait en conclusion d’une action au cours de laquelle Roger Mialle, futur Commandant d’Artillerie, transmit à Lucien Besset, futur député de Paris, qui envoyait Jules Cadenat à l’essai : 31 à 8, score final.

A la fin du match, enthousiasmés par le spectacle proposé par les Bayonnais, les supporters envahissaient la pelouse pour porter en triomphe les héros du jour. Des héros auxquels la presse tressa quelques lauriers supplémentaires au lendemain du match. « L’équipe victorieuse est la plus belle que nous ayons vue en France sur un terrain de football », écrivait Frantz Reichel dans Le Figaro. Dans Le Matin, on pouvait lire sous la plume de Robert Guérin : « Ce fut une joie pendant une heure de voir les Basques agiles, souples, adroits, fournir de magnifiques efforts. »

Le jeu à la Bayonnaise

La France découvrait le jeu bayonnais, un rugby total dans lequel tous les joueurs participaient au mouvement et où les avants étaient aussi habiles que les trois-quarts. A l’origine de ce jeu, il y a Fernand Forgues. Pour avoir joué au FC Penarth, il y connut de Gwyn Nicholls, centre, capitaine du quinze gallois et auteur du livre « Le jeu moderne du rugby ». Impressionné par les Blacks en 1905, ce dernier avait cherché la meilleure réponse à leur jeu et il inventa un style ambitieux, particulièrement offensif.

De retour à Bayonne, Forgues apporta cette science du jeu dans une ville où on ne jouait encore que peu au rugby, ainsi que le grand attaquant Owen Roe. Son influence fut déterminante car il sut parfaitement tirer parti de l’adresse naturelle et de la vivacité des joueurs basques (des qualités travaillées à la pelote basque), donnant naissance à un style dont il fut longtemps l’infatigable promoteur. Il fallait simplement multiplier les passes et bouger pour à un moment se retrouver en surnombre face à l’adversaire.

Ce style où l’on relançait de partout, y compris de l’en-but, était alors l’exact opposé du rugby français dans lequel le dribbling et le jeu au pied dominaient. Roe, qui jouait aussi bien à la mêlée, qu’à l’ouverture ou à l’arrière, fut le parfait exemple du style bayonnais, Forgues en restant le chef d’orchestre. Surtout, l’influence de l’école bayonnaise fut considérable pour la conceptualisation du « jeu à la française ».

SOURCES

Journal Le Figaro de 1913
Photos Site Gallica qui reprend les archives du Figaro
Encyclopédie du rugby français (P. Lafond & J-P Bodis, éditions Dehedin), repris sur lnr.fr
Richard Escot et Jacques Rivière, « Un siècle de rugby » : Calmann-Levy, 1997
Romain Allaire, Jean-Pierre Gonguet et Olivier Villepreux, « L’histoire passionnée du rugby français et international » : Hugo & Cie, 2009
Manuel Castiella, « Un siècle de rugby à Bayonne » : Atlantica, 2001

Tour de France 2019 : Trois semaines qui resteront gravées dans les mémoires

Le maillot jaune inaugural de ce Tour attire les convoitises. La tunique de leader, qui fête ses cent ans d’existence dans la ville d’Eddy Merckx attend depuis 1985, l’émergence d’un nouveau champion français pour la conquérir à nouveau.
L’absence de Chris Froome vainqueur à quatre reprises, aura complètement ravalé la façade de ce Tour de France, ce qui prouve à quel point le Britannique est le patron du peloton. Les forfaits des Tom Dumoulin et Primoz Roglic ont également libéré les esprits et de nouvelles ambitions.

1 JULIAN ALAPHILIPPE LE MAILLOT JAUNE DE L’ESPOIR

La première semaine du Tour est rarement décisive pour la désignation du futur vainqueur mais un favori peut perdre toutes ses chances en cas de chute malheureuse.
Les cadors du peloton restent donc à l’abri protégés par des équipiers fidèles dans l’attente des jours décisifs.
On assiste à un scénario immuable d’échappées précoces gardées à distance raisonnable par les équipes de sprinters et à l’approche de l’arrivée repris impitoyablement.

Mike Teunissen à la surprise générale triomphe du premier sprint massif à Bruxelles devant le redoutable Peter Sagan pourtant habitué de l’exercice. Le néerlandais sera donc le premier maillot jaune du Tour.
Le lendemain son équipe de la Jumbo Visma triomphe du contre la montre par équipes devant les grands favoris de la team Inéos.
Les pronostiqueurs déroutés pas ces scénarios imprévus connaitront bien d’autres sensations.

Lundi 8 Juillet pour la troisième étape menant de Binche à Epernay rien ne prédisposait à une journée flamboyante.
Pour la première fois en 5 ans, depuis Tony Gallopin le 14 juillet 2014, un Français est maillot jaune du Tour de France. Et cet homme est Julian Alaphilippe.
Le coureur du Bourbonnais a pris la poudre d’escampette à 16 kilomètres de l’arrivée, seul, dans le mur de Mutigny. Et personne ne l’a revu ! Julian Alaphilippe vit la plus belle année de sa carrière professionnelle. Numéro un mondial depuis sa victoire aux Strade Bianche, le Français ne cesse d’enchaîner les succès. Milan-San Remo, la Flèche Wallonne, deux étapes sur le Tour de Pays Basque et une étape sur le Dauphiné-Libéré. Rien se semble arrêter le Français de la Deceuninck-Quick Step.
Cette victoire lui permet d’endosser le maillot jaune. Personne ne le sait encore mais l’opération sera effectuée à 14 reprises.

Les deux étapes suivantes feront vibrer uniquement les sprinters.
Elia Viviani à Nancy et l’éternel maillot vert Peter Sagan sur la cinquième étape à Colmar s’imposent au bout d’une longue attente quelque peu ennuyeuse.

La sixième étape est le premier grand rendez vous attendu par les grands favoris du Tour pour le moment relativement discrets. Plusieurs cols sont au programme dont le ballons d’Alsace et surtout l’arrivée à la Planche des Belles Filles. Une montée de 7 km à 8,7% de moyenne. La portion supplémentaire à laquelle ont droit les grimpeurs pour faire la différence comprend des passages à 20 % de dénivelé !
Dans les étouffants pourcentages des Chevrères, l’échappée initiale ne conserva que quatre hommes : Wellens, Meurisse, Teuns, et Giulio Ciccone, italien le mieux classé au général, virtuel maillot jaune vu son avance.
C’est le belge Dylan Teuns qui triomphe après la difficile montée de la Planche des Belles filles devant Ciccone.
Derrière, c’est le maillot jaune qui parvint seul à sortir du groupe des favoris pour défendre sa tunique, que Ciccone menaçait. Effort insuffisant pour Julian Alaphilippe, malheureux pour quelques secondes, qui cède son bien à l’Italien.

La 7e étape à Chalon sur Saone voit la victoire d’un sprinter Dylan Groenewegen. La suivante plus animée voit la victoire du baroudeur belge Thomas De Gendt échappé à Saint Etienne devant un duo composé de Julian Alaphilippe et Thibaut Pinot. Les deux champions français reprennent des secondes précieuses sur leur rivaux et apportent le second pic d’adrénaline au public de plus en plus nombreux à suivre les exploits du Tour.
Julian Alaphilipe les bras au ciel peut fêter son maillot jaune repris à force de panache.

La 9e étape jour de fête nationale, les amoureux du vélo espéraient secrètement voir briller un coureur tricolore ce dimanche 14 juillet.
Mais il n’en fut rien. Le sud africain Daryl Impey a pris le meilleur sur tous ses concurrents à la fin d’une longue échappée. Pourtant l’étape menant à Brioude proposait un profil accidenté que les favoris n’ont pas mis à profit pour s’expliquer. Le peloton passe finalement la ligne 16 minutes après Daryl Impey et surtout Julian Alaphilippe reste en jaune.

La 10e étape avant le repos tant attendu menait Lundi 15 Juillet les coureurs de Saint Flour à Albi. Le Tour des surprises ne décevra pas encore une fois.
Bonne avec la victoire au sprint du jeune belge Wout Van Aert devant les spécialistes Elia Viviani, Caleb Ewan et Peter Sagan.
Mauvaise avec la lourde perte de temps du français Thibaut Pinot venu avec beaucoup d’ambitions.
Initiée par l’équipe Education First, la manoeuvre a piégé Thibaut Pinot , Richie Porte , Vincenzo Nibali , Jakob Fuglsang à 37 km de l’arrivée. Un vent de côté a suffi à semer la zizanie pour former une bordure et couper le peloton en deux. Le Français réalisait depuis Bruxelles un Tour parfait. Au millimètre. Jusqu’à moins de 40 km d’Albi où la bordure a rappelé que d’un jour à l’autre, tout peut basculer sur le Tour
Thibaut Pinot termine dans un deuxième peloton à 1’40 » des principaux leaders

Julian Alaphilippe garde toujours le sourire, il débutera la deuxième semaine en Jaune avec beaucoup d’espoirs.

II JULIAN ET THIBAUT FONT DE LA RESISTANCE

Depuis 2012 l’équipe SKY maintenant baptisée INEOS domine l’épreuve avec un de ses coureurs vainqueur, sauf en 2014, et un succès de Nibali. Les spécialistes misaient sur une victoire du tenant du titre, le gallois Géraint Thomas ou du nouveau prodige, le jeune colombien Egan Bernal. On attendait la mise en route de cette machine impitoyable à l’instar des années précédentes.

Avant le déclenchement des hostilités prévues vendredi 19 Juillet avec le chrono individuel, l’australien Caleb Ewan remporte le sprint de Toulouse.

La 12e étape , longue de 209 kilomètres, menait les coureurs de Toulouse à Bagnères-de-Bigorre. Première étape pyrénéenne et premiers sommets au-delà des 1 500 mètres d’altitude.
Au programme, le col de Peyresourde, puis la Hourquette d’Ancizan, avant une longue descente vers l’arrivée.
Dans l’ultime ascension, trois hommes issus de l’échappée matinale se sont détachés. C’est le Britannique Simon Yates qui triomphe.
Julian Alaphilippe, non inquiété dans le peloton des favoris, conserve sa tunique jaune.
Sans doute les favoris se sont préservés avant l’exercice solitaire prévu le lendemain.

La treizième étape a mis les coureurs aux prises avec 27 kilomètres de contre-la-montre autour de Pau. La capitale du Béarn, l’une des localités les plus hospitalières avec le Tour, accueillait départ et arrivée tandis que le circuit sillonnait le vignoble du Jurançon. Un profil sans réelle difficulté, mais casse-pattes puisque la côte d’Esquillot, en milieu de parcours, a fait mal à quelques spécialistes. Julian Alaphilippe a profité de sa forme du moment, et des ailes que donnent le maillot jaune pour remporter ce contre-la-montre devant Geraint Thomas surpris par la résistance de son adversaire.

Ce samedi 20 Juillet jour de la 14e étape devait être le chant du cygne pour Julian, le redoutable Soulor puis l’infernale montée du Tourmalet par sa face la plus sévère, fallait être fou pour encore y croire.
L’étape commence avec ses baroudeurs cherchant la fuite, le secret espoir de ne plus être repris. Mais cette fois aucune pitié, les gros vont livrer bataille et sans doute causer la perte de notre héros.
La montée du Tourmalet débute animée par de valeureux coureurs français dont Waren Barguil enfin sous son meilleur jour. Seulement une équipe imprime un rythme démentiel, la Movistar, guidée sans doute par un esprit de groupe suicidaire qui cause la perte de ses leaders, Landa le miraculé en moins. Tout le monde scrute Julian, la crainte d’une défaillance, d’un décrochage irréversible. Les kilomètres défilent et notre juju résiste laissant des spécialistes biens plus expérimentés derrière. La FDJ menée par un Gaudu exceptionnel lance un nouvel assaut qui dépouille les deux leaders d’Inéos de tous leurs équipiers. Il reste 1km et Julian continue de s’accrocher à la surprise de tous. Géraint Thomas craque , son second Bernal ne peut que suivre la cadence d’un Thibaut Pinot revanchard pour céder à son tour.

Le magnifique Thibaut file seul vers le sommet, la victoire s’offre à lui, folle , hystérique. Mais … qui voit on derrière ? Julian, celui que beaucoup imaginaient vaincu arrache la seconde place, de précieuses secondes et surtout garde le maillot jaune sur ses solides épaules.

La dernière étape pyrénéenne, Dimanche 15 Juillet , longue de 185 kilomètres, menait les coureurs de Limoux à Foix. Pour rejoindre les deux localités, habituées à recevoir le Tour de France, les coureurs empruntent quatre cols.

L’arrivée est jugée au sommet du Prat d’Albis. Une étape promise à un coureur costaud, et encore Simon Yates, échappé matinal, tire son épingle du jeu en s’imposant pour la seconde fois.
Chez les favoris, la lutte fait rage derrière sur le dernier col. L’équipe Inéos est débordée et ne s’impos pas comme les années précédentes. Mikel Landa attaque en premier suivi de Thibaut Pinot qui accélère et décroche un à un tous ses rivaux. Le français exceptionnel de puissance revient sur Landa, le dépose et termine seul second.
Thibaut Pinot a assommé ses adversaires pour la deuxième fois depuis le départ, se replaçant à la quatrième place au général. Alaphilippe, lui, a craqué mais conserve son maillot jaune, concédant plus d’une minute à son rival français, et au moins trente secondes aux autres favoris.
Jamais les Ineos n’ont semblé aussi friables sur le Tour, jamais un Français n’avait semblé aussi crédible vainqueur.

III UN MAGNIFIQUE REVE SE TRANSFORME EN CAUCHEMAR

Le Tour de France entame sa troisième et dernière semaine. Le suspense est insoutenable et met en haleine un public de plus en plus nombreux. Les supporters commencent à croire au succès d’un coureur français. Les coeurs balancent pour Julian ou Thibaut voir les deux mais le grand gagnant est cette magnifique épreuve.

Tout le monde attend le passage des Alpes qui propose trois étapes dantesques. En attendant la reprise se fait avec une nouvelle venue, la canicule qui frappe le pays avec des records de température battus dans les quatre coins de la France.

Mardi 23 Juillet cette 16ème étape sera marquée par le passage du peloton sur le Pont du Gard. Un privilège unique pour les coureurs et une image qui marquera cette 106ème édition.
Jakob Fuglsang, le Danois, leader de l’équipe Astana, chute à un peu plus de 25 kilomètres de l’arrivée. Il n’a pu repartir et abandonne le Tour. Un favori en moins et non des moindres su sa superbe saison.
L’australien Caleb Ewan remporte sa seconde étape au sprint prenant ainsi le pas sur ses rivaux.

Le lendemain les favoris resteront bien sagement installés au sein du peloton. On assiste à un superbe numéro de l’italien Matteo Trentin vainqueur à Gap en solitaire.

Après deux étapes de transition dans la chaleur étouffante qui frappe l’Hexagone, les choses sérieuses reprenaient ce jeudi 25 Juillet. La première étape alpine, longue de 208 kilomètres, mène les coureurs d’Embrun à Valloire en passant par les cols de Vars, de l’Izoard et du Galibier.

Un groupe de 33 coureurs parvient à creuser un écart important avec le peloton principal. Ce sera l’échappée victorieuse du jour.
La différence se fait sur le col du Galibier où le colombien Nairo Quintana réussit à semer ses partenaires. Seul Romain Bardet pourtant distancé parvient à résister.
Quintana, inexistant dans les Pyrénées montre un visage différent et s’octroie une victoire de prestige bien méritée. Deuxième à l’arrivée, Romain Bardet, lui aussi à l’agonie quelques jours plus tôt, endosse le maillot à pois.

Chez les favoris une première bataille a lieu. Pas décisive certes mais révélatrice pour la suite des événements. Sur la difficile pente du Galibier c’est le jeune colombien Egan Bernal qui imprime une accélération fulgurante. Personne ne parvient à le suivre. Ni Géraint Thomas qui semble lui avoir donné la permission d’attaquer. Ni Thibaut Pinot malgré de louables efforts. Encore moins Julian Alaphilippe qui pour la première fois cède du terrain. Heureusement une longue descente avant l’arrivée permet de réduire les écarts mais Bernal donne de sérieux indices sur le futur vainqueur du Tour.

Julian Alaphilippe a cédé du temps à Egan Bernal qui prend la deuxième place, mais en a pris sur Geraint Thomas. Le coureur français conserve son maillot jaune, Thibaut Pinot reste en embuscade.

Vendredi 26 Juillet lors de la 19e étape qui mène de Saint Jean de Maurienne à Tignes le Tour bascule dans une autre dimension. Une étape compliquée avec quatre ascensions au total, parmi lesquelles le col de l’Iseran le toit du Tour.
La France respire un peu mieux depuis la chute des températures . De bonne augure pour Thibaut Pinot qui redoutait les fortes chaleurs.
Le public français en effervescence n’a d’yeux que pour ses champions.

Alors que la bataille n’était pas encore engagée une première image inquiétante montre Thibaut Pinot accroché à la voiture médicale le visage en détresse et la jambe aux soins. La première carte à laquelle tout le monde croyait s’élimine après chaque coup de pédale. Thibaut ne peut plus cacher son secret, une déchirure à la cuisse l’handicapait déjà. Le coeur en lambeaux , les larmes abondantes, le champion français abandonne la course.
Il ne reste que Julian pour sauver le rêve auquel beaucoup de personnes commencent à douter. La course continue, impitoyable en attente de la montée du col de l’Iseran.

La plus grande difficulté de la journée se présente aux coureurs qui ouvrent la route : le col de l’Iseran. Et c’est bien sur ces pentes que se joue le Tour de France. Lâché dans l’ascension du toit du Tour de France par les attaques successives de Geraint Thomas, Steven Kruijswijk et Egan Bernal ,Julian Alaphilippe est contraint de laisser filer son maillot jaune. C’est finalement Bernal qui s’envole vers le sommet, imperturbable. Le jeune colombien de 22 ans prend une avance inexorable sur tous ses rivaux. Il grimpe avec une facilité déconcertante.

Julian le faciès grimaçant donne tout ce qu’il a mais ça en est trop. Il craque pour de bon.
Le public français qui n’a pas encore digéré le forfait de Thibaut voit impuissant Julian abandonner son maillot qu’il tenait fièrement durant 14 étapes.
Ce Vendredi noir n’a pas encore livré toute sa dramatique dimension. Une terrible averse de grêle s’abat sur le parcours. On assiste également à des éboulements qui couvrent une partie de la route.

Pendant que le futur maillot jaune fonce dans la descente de l’Iseran aux côtés du seul rescapé en Tête Simon Yates, Christian Prudhomme le directeur de course annonce l’arrêt des hostilités, en raison de chutes de grêle dans les 20 derniers kilomètres.
Les temps comptabilisés sont ceux obtenus au sommet du col de l’Iseran mais aucun vainqueur d’étape ne sera désigné.

Vendredi matin le rêve était encore bien vivant de voir un coureur français gagner.
Le soir, un cauchemar éveillé transporte tout le pays vers une dure réalité, au Tour de France, ce sont toujours les Français qui perdent et ceci depuis 1985.
Julian Alaphilippe est néanmoins toujours second mais il lui sera difficile de rester sur le podium.

Ce Tour de France complétement fou continue. Le parcours prévu sur la 20e étape est amputé en raison de dégradations sur certaines voies et d’un temps capricieux. Après l’arrêt prématuré de la course la veille, un nouveau spectacle quasiment inédit avec seulement 60 kilomètres au programme entre Albertville et la montée sur Val Thorens.

Il n’y aura pas de miracle, Julian Alaphilippe pour cette avant-dernière étape exceptionnelle, aux allures de sprint s »effondre. Fatigué par trois semaines de course intense, il finit par craquer à 13 kilomètres de l’arrivée à Val Thorens. Le peloton du nouveau maillot jaune mené par Egan Bernal accélère pour définitivement lâcher le français. Julian s’accroche mais ne peut éviter la dégringolade au classement. Il termine 5e.

Alors que le champion Vincenzo Nibali mène la danse devant, personne n’ose attaquer Egan Bernal de peur de perdre sa position au classement. Géraint Thomas désormais second ne bouge pas, le néerlandais Steven Kruijswijk heureux de sa place sur le podium se contente de suivre. Le colombien se promène sans crainte lui qui venait ici pour épauler Géraint Thomas. Il sait que rien ne pourra lui arriver.
Le requin de Messine triomphe sur la ligne sauvant ainsi son Tour de France pendant que le peloton maillot jaune termine sa montée sans grande émotion.

Le Tour se termine sur le sprint traditionnel aux Champs Elysées dimanche soir offrant de superbes images avec un sublime coucher de soleil. L’Australien Caleb Ewan s’impose pour la troisième fois.

A 22 ans et 6 mois Egan Bernal est le plus jeune maillot jaune depuis 1909. Il offre à la Colombie son premier Tour de France et sans doute pas le dernier vu son immense potentiel.
Peter Sagan remporte son 7e maillot vert, le record de l’histoire du TDF pour le champion slovaque.
Romain Bardet sans doute l’un des favoris français les moins en vue hérite du maillot à pois de meilleur grimpeur.
Julian Alaphillipe 5e au général est élu Super Combatif du Tour de France, récompense amplement méritée !

BILAN

Si l’on avait débuté par l’épilogue, la victoire d’Egan Bernal, coureur de l’écurie dominante Inéos, ce Tour de France n’aurait pas eu grande saveur. Un fin prévisible qui a pourtant mis du temps à se décanter.
Heureusement, la fade réalité est arrivée tardivement. Durant plusieurs jours la France a longuement rêvé grâce à deux immenses champions.

Thibaut Pinot vainqueur royal dans le Tourmalet, seul coureur à avoir dominé le prodige colombien Bernal dans un col. Thibaut Pinot vaincu par son propre corps blessé, obligé d’abandonner dans un désespoir sans nom.

Julian Alaphilippe déjà célèbre dans le milieu cycliste pour ces succès étincelants dans les classiques, sa place de numéro 1 a pris une nouvelle dimension dans le coeur des français.
Son panache qui l’a vu remporter une étape, le maillot jaune lors de la première semaine a séduit le plus grand nombre. Sa victoire dans le chrono la rage au ventre, sa résistance dans les Pyrénées pour défendre son bien lors de la deuxième semaine ont donné à ce Tour une dimension sublime.
Sa perte de la tunique jaune au milieu d’un col effrayant la dernière semaine n’a en rien altéré son indécrottable volonté de ne jamais céder.
Julian n’a pas gagné le jaune mais il a gagné les coeurs.
Un coeur qu’il a énorme comme ce jour où ils offre naturellement son maillot jaune à l’arrivée pour couvrir un enfant frigorifié. Ce moment intense avec ses équipiers lors d’un diner où il offre un maillot jaune à chacun en guise de remerciements.

Merci Julian

(Patrick)

Photos issues du site : http://www.steephill.tv/tour-de-france/